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12 idées pour l’ éducation

                  12 idées pour améliorer l’ éducation dans le contexte français et/ou mondial d’ aujourd’ hui

1    Redéfinition phénoménologique de l’éducation: ce n’est pas une acquisition de savoirs, ni de savoir-faire, ni seulement une initiation à la société. Elle est profondément ce qui nous change. Elle est la culture dans ce qu’ elle a de négatif d’ abord (le conditionnement social « négatif ») et de positif (la recherche de soi via les repères offerts par les autres vécus humains, émotionnels , relationnels ou intellectuels). Repartir de cette définition centrée sur la subjectivité de l’ humain (car c’ est bien de l’ humain dont on parle avec l’ éducation) me semble nécessaire pour reconsidérer effectivement le système scolaire.

2    Toute expérience peut être considérée comme de l’ éducation. Les avancées en psychologie comportementale ou en manipulation (individuelle ou de masse) ne font que le confirmer.

3    Tout repère peut donc être considéré comme une culture. C’ est en partant de ce principe que l’ on peut comprendre et intégrer un élève dans un contexte culturel donné.

4    La responsabilité citoyenne: parmi les multiples buts originels de la république pour mettre en place l’ éducation, on retrouve l’ idée d’ éduquer et de former le citoyen. Dans une optique progressiste, qui dans le fond constitue les intérêts de droite (assurer une forme de sécurité et de tradition) comme de gauche (aller vers une utopie visant l’ amélioration des rapports sociaux et équilibres humains), il est donc évident de considérer un modèle. Ce modèle a des valeurs morales simples dont le respect de la liberté, la compréhension, la conscience de ses responsabilités, et une ouverture sur la découverte, la curiosité, l’ imagination. Ce sont les clés du savoir. L’ humilité rationnelle en fait forcément partie.

5    Education obligatoire? Bien sur (ou pas…). Afin de garantir une égalité des chances… Cette égalité des chances pour le moment reste un mythe, probablement en train de reculer en même temps que les indices de démocratie dans le monde depuis 50 ans (cf les rapports annuels d’ Amnesty International parmi d’ autres). Je ne remets pas en cause l’ idéal originel, mais  choisis de m’ orienter sur des observations pratiques. L’ éducation obligatoire est devenu une sorte d’ immense institution gérant des flux humains d’ origines culturelles très variées. L’ individu étant souvent considéré comme un « problème ». Ce système ne partage plus ses valeurs avec les gens qui le fréquentent. L’ éducation est un service rendu par l’ état officiellement, par des milliers d’ individus dans la pratique, et selon le paragraphe précédent, une attitude d’ humilité est nécessaire pour envisager sérieusement un apprentissage. Aujourd’ hui un élève obligé d’ être présent en cours se justifie dans une attitude désinvolte et insolente. Et il a raison en termes de logique pure. Cette impasse doit être contournée, l’ éducation se mérite, l’ image cinématographique comme littéraire du professeur d’ arts martiaux ou de zen asiatique  (films sur le bouddhisme, ou parmi les productions plus populaires Karaté Kid, Ip Man, Kill Bill…) met cet aspect en avant. Pour quoi ne pas donner déjà le sens des responsabilités du monde professionnel aux enfants, commençant le primaire par des travaux publics dans l’ école afin qu’ ils méritent leur place en cours? Il n’ y a dans l’ absolu aucune supériorité de la part d’ un élève faisant des équations ou nettoyant la cour, si ce n’ est son envie de mériter des exercices différents par l’ intérêt qu’ il montre. Bien entendu une grande équité humaine de la part des professeurs serait exigée par ce système. Identifier les préjugés sur la culture classique, ou l’ « ignorance » notamment seraient alors au centre d’ une formation professorale. Pour moi toute l’ essence de cette éducation obligatoire est bafouée quand un professeur se moque des erreurs ou de l’ ignorance d’ un de ses élèves. La non-prise en compte des problèmes sociaux et familiaux du cas par cas, les inégalités financières croissantes bafouent aussi ce projet.

6    Rapport élève/professeur: lettre ou esprit?  Un élève de primaire demandant à son professeur une information sur le contenu du cours et se trouvant renvoyé à l’ attente du programme d’ une année plus tardive ne sert pas une volonté d’ apprentissage. Il ne fait que renvoyer à une structure institutionnelle donc en soi inhumaine. L’ esprit de l’ enseignement est une relation humaine, la confiance en fait partie. L’ ouverture et la compréhension aussi. Un programme est indicatif des savoirs à expliquer, mais ne doit pas constituer le point primordial d’ un cahier des charges. On enrichit son élève. C’ est l’ esprit de l’ enseignement.

7    Les préjugés de la culture: Nous vivons dans une époque révolutionnaire sur le plan technologique comme humain. Le traitement de l’ information, les médias, la production incessante d’ images, de virtualité, les possibilités universalisantes d’ internet nous ramène à une utopie philosophique des origines. Aujourd’ hui accessible, de plus en plus bafouée en tant qu’ idéal par des politiques contradictoires. L’ éducation malgré ses efforts d’ informatiser les bâtiments  et de proposer une initiation à internet est encore très loin d’ une réelle assimilation de ces phénomènes divers. Les enfants privilégiés par leur condition familiale envers ce rapport à l’ image et à l’ information sont parfois bien plus performants que les chargés de cours, et c’ est logiquement qu’ ils gagnent une crédibilité supérieure à celle du professeur. Notamment parcequ’ ils montrent  leur efficacité pratique dans le présent, qui reste la seule époque qu’ un élève « connait ». Il serait logique de partir donc du présent pour étudier les autres époques et autres savoirs. Ce dans toutes les matières.

8    les programmes: l’ esprit ou la lettre? La compréhension de l’ esprit d’ une matière contre un « savoir » vidé de son sens. Pythagore lui-même ou Socrate n’ auraient trouvé aucun intérêt à étudier une arithmétique ou des considérations philosophiques vidées de sens. Une introduction historique aux découvertes, aux écritures, aux langages ou concepts inventés au fil du temps est plus nécessaire et efficace que des leçons « programmées » dans un formatage de l’ esprit de réflexion.

9    Evaluer. Dans l’ esprit on voit que ce qui fait la réussite d’ un élève, c’ est sa curiosité, son intérêt, son respect de la matière. Il ne devrait plus être acceptable pour un professeur d’ être pris entre l’ institution, le programme et le désintérêt total d’ un élève « apprécié » par une notation négative. La notation crée une compétition qui n’ a pas de sens (oui il y a des surdoués, oui il y a des gens qui n’ ont pas ouvert leur esprit à tel ou tel fonctionnement, non ça ne désigne pas leur valeur, ni humaine, ni intellectuelle, ni sociale…). Elle crée aussi une distraction très grave de l’ esprit de l’ enseignement. Il justifie notamment la triche et le désintérêt de la matière contre celui de moyens pratiques efficaces. Evaluer et comparer les performances d’ élèves le souhaitant est une chose, baser un système diplômant et professionnel entier sur cette approche est un massacre de possibilités humaines. La compétition peut être saine entre élèves manifestant ce désir, comme les jeux et combats d’ adresse ou de performance permettent à chacun de se comprendre et de se construire. Mais l’ esprit de l’ enseignement se détourne de si superficielles appréciations de valeur.

10    Savoir, ou savoir-faire? Ce débat moderne de l’ éducation est en soi un non sens. Il s’ appuie sur le constat de programmes visant des savoirs vidés de leur sens, et ne propose en alternative qu’ un appauvrissement des visées éducatives. Evaluer un savoir faire correspond au final à ce que l’ on peut attendre d’ un robot programmé pour effectuer des tâches dans un temps donné et une efficacité donnée. Comprendre l’ univers nous entourant, notre condition et les moyens d’ améliorer tout type de système nous entourant (qu’ il s’ agisse d’ une dissertation, d’ un circuit-imprimé, d’ un logiciel ou de l’ éducation nationale) était et devrait être le but de la science, de la recherche de savoir, comme compréhension et efficacité.

11    La spécialisation: tous les scientifiques et artistes se sont spécialisés à un moment donné c’ est un fait. Mais ce qui a permis cette spécialisation et plus encore le génie qui s’ y exprimait était la liberté d’ apprentissage. « Je n’ aime pas les spécialisations, elles sont autant de moyens de rétrécir son univers. » Debussy. « L’ imagination est plus importante que le savoir ». Einstein. Deux citations parmi une pléiade de personnalités ayant amélioré notre univers par la richesse de leur approche humaine, intellectuelle ou émotionnelle et prouvant que l’ esprit même de la recherche est une polyvalence, une compréhension globale des sciences, des savoirs, des univers de recherche. Le talent par exemple est nié par notre système diplômant. Par essence le talent est le résultat d’ un travail et d’ une aisance acquise de long terme dans un domaine précis. Il reste le résultat d’ une liberté et d’ une indépendance,niée par la recherche de résultats scolaires et l’ acquisition d’ un diplôme. Aujourd’ hui pour valider via le système diplômant les acquis d’ un scientifique de l’ époque des Lumières comme Newton il faudrait une carrière entière faite de licences successives. C’ est sans compter en plus sur le développement des technologies, des médias actuels. Sur une recherche d’ éléments de sagesse, tous les spécialistes sont amenés à faire des parallèles entre leurs vécus et les champs de savoir qu’ ils ont eu l’ occasion de traverser. C’ est ainsi que fonctionne l’ esprit, c’ est ainsi que le génie s’ exprime. Par associations, synthèse, et non segmentation. Cette segmentation amène de plus à avoir une attitude pauvre quant aux améliorations globales que l’ on peut apporter autour de soi. Un sens critique riche et nourri par sa variété d’ approche est nécessaire pour maîtriser un art ou une science.

12    Une éthique. Améliorer le monde du travail, la société et le rapport de l’ humain à son univers, autant naturel que social, économique ou politique. Créer les métiers et approches de demain, créer les champs de recherche encore inexplorés et nécessaires plutôt que de viser une « formation » spécialisée et une intégration dénuée de marge d’ action à un univers qui montre ses failles régulièrement. Ce sont là les buts à rechercher et non seulement le contrôle d’ un flux et une intégration à un monde professionnel perçu comme indépendant et préexistant à l’ homme. Cela implique aussi le développement d’ une forme de morale, mais séparée comme l’ impliquait l’ idéal laïque des influences institutionnalisées de cette morale. Une morale est une forme de rapport au monde, et c’ est donc un des objets de l’ éducation. Elle a besoin d’ outils critiques, de savoir, de recul donc. Elle ne peut être objectivement aujourd’ hui l’ objet d’ une « formation » selon tel ou tel écrit historique ou doctrinal. Eventuellement d’ une recherche de synthèse objective de ces cultures. Elle est dans tous les cas un aspect de la liberté et de l’ idéal de « gratuité et laïcité » de l’ enseignement républicain. Et force est de constater qu’ on a besoin aujourd’ hui de développer une foi en cette morale rationnelle, l’ univers économique et politique nous montrant un cynisme qui va à l’ encontre de ces idéaux originels de l’ éducation, formatant l’ individu dans des rapports contradictoires au monde et à l’ autre.

1 Comment

  1. Très Bien.

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