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Critique de chanson: Shadowman de K’s Choice

Traduction

 

Un instant demain je vais mentir et dire que je vais bien

Je dis oui quand je signifie non

Un instant demain le soleil cessera de briller

Il y a un homme d’ ombre qui me l’ a dit

 

Un instant demain la pluie jouera un rôle

De la pièce que je connaissais

Comme personne d’ autre, par coeur

Mais un homme d’ ombre à l’ intérieur a laissé partir

 

oooo non laissé partir de ma main

oooo non non, maintenant je suis en bas l’ ami

tu es venu tu savais, ou alors était-ce moi qui vins vers toi

Homme d’ ombre, homme d’ ombre

 

Un instant demain une partie de moi mourra

Et une autre naîtra

Un instant demain je serai malade de demander pourquoi

malade de toute la noirceur que j’ aurai gagné

 

Un instant demain j’ essaierai de faire le bon

Faisant du sens de tout ce que je peux

Un instant demain je prétendrai voir la lumière

Je pourrais juste

Homme d’ ombre

 

ooo ici le soleil, encore

n’ y a-t’il pas un sentiment à réclamer

S’ aveuglant dedans

Pour aller vers la lumière, encore

Et est-ce que ça ne te rend pas triste, de voir tant d’ amour ce soir

Ne paraître rien qu’ un homme d’ ombre à l’ intérieur

oooo ooo ooo non laissé s’ enfuir de ma main

ooo non, non maintenant je suis en bas l’ ami

Tu es venu à moi tu as su

Ou était-ce moi qui vins vers toi

Homme d ‘ombre

oooo si tu descends pour me sauver

maintenant serait parfait

s’ il te plait, si tu descends pour me sauver,

maintenant serait parfait

s’ il te plait, si tu descends pour me sauver,

maintenant serait parfait

s’ il te plait, si tu descends pour me sauver,

maintenant serait parfait

s’ il te plait, si tu descends pour me sauver,

maintenant serait parfait

s’ il te plait, si tu descends pour me sauver,

maintenant serait parfait

Shadowman, approche critique

     Shadowman se situe dans la seconde partie de l’ album Almost Happy de K’s Choice, sorti en 2000. Il suit Always everywhere, chanson-bilan post adolescence faisant l’ apologie d’ un « you » qui eut le mérite pendant toutes les années et égarements d’ être présent, partout. La chanson suivante est Favorite adventure, autre chanson apologie de la présence de l’ être aimé et d’ un certain ordre de choses préservé dans un temps. En dehors du fait que shadowman soit le seul titre de K’s Choice chanté par le guitariste, Gert, frère de la chanteuse, Sarah, ce placement creuse d’ ailleurs le contraste proposé par cette chanson – suggestion claire d’ un chaos, d’ une solitude, d’ une présence d’ ombres parmi les images plutôt heureuses et « lumineuses » des deux autres chansons.Elle commence par un son brumeux, grave, éclairé de quelques notes de clochettes ouvrant un arpège joué à la guitare en open tuning avec un capo assez éloigné. Le son brumeux poursuit régulièrement le déroulement de la chanson, souvent caché derrière des nappes sonores lointaines évoquant la fondamentale des accords. L’ arpège est du type montée/descente en croches, avec comme souvent dans ce cadre une note aigue principale en leitmotiv faisant le pont entre les divers accords, le mouvement harmonique se trouvant dans les basses. Une descente de cette note aigue fait le lien entre les couplets. Une forme d’ articulation syntaxique harmonique. Elle illustre aussi intrinsèquement la descente vers le fond de soi, dont il est forcément question avec ce « shadowman ». Cette descente est précédée en général d’ une occurence du son brumeux, bruitages synthétiques qui pourraient s’ apparenter à un vent intérieur, avec des scintillements métalliques, évoquant la froideur, et la dureté d’ une émotion incomprise, d’ un étranger, cause de la tristesse si on se rappelle des Lettres à un jeune poète de Rilke. La figure de l’ homme d’ ombre peut facilement se substituer à cet étranger auquel l’ auteur s’ est abandonné, subjugué, sublimé en quelque sorte au fur et à mesure de la chanson par cet étranger de nature émotionnelle ou métaphorique.

     L’ aspect volontairement profond de cette chanson – creusé, angoissant, pris dans les vents de l’ âme – au milieu des autres pistes chantant un bonheur « presque » vécu à travers la vie de famille et la confiance en un être aimé est une autre forme de sublimation, la place retrouvée de la tristesse dans une lente course au bonheur, perçue a posteriori. La voix dubbée du chanteur, doublée par son propre timbre – ou celui de Sarah en concert – donne une présence plus importante à l’ individu, dans son errement profond, sa solitude. Elle est accentuée par cette double présence, accentuée par les mélodies montantes du refrain, doublées aussi par la voix -je crois- d’ un autre membre du groupe à la basse. « Shadowman » comme mot s’ accompagne d’ un fracas évoquant le creux, le vide, l’ écroulement d’ un équilibre en soi, comme un plancher qui s’ effondre, libérant une part de l’ inconscient dans lequel on n’ a d’ autre choix que de chuter, se laisser aller. D’ où la confusion Christique avec cette figure à la fois sombre et rédemptrice, car rencontrée au fond de l’ identité, du moi, de l’ être. La dernière occurence de « Shadowman » s’ accompagne ainsi d’ un silence, reprenant crescendo et cette fois accompagné d’ accords grattés et non arpégés, dans une montée d’ espoir rédempteur, « quand on touche le fond, on remonte », la lumière apparaissant indéfiniment par occurences à travers l’ obscurité et l’ ombre. Toutefois cette lumière, pour être pure et ne pas tomber dans les couleurs en demi-teintes joyeuses du reste de l’ album reste une hypothèse liée à l’ action d’ un tiers, ou une quête restant de l’ ordre du « à découvrir ». Il s’ agit au fond d’ une prière, « si tu dois descendre me sauver, maintenant serait parfait » si tu ne descends pas… alors je reste livré à moi-même et aux visions évoquées jusqu’ à ce que j’ y trouve un sens, dès lors que ce sera un possible – « making sense of all i can ». En attendant, dans cet entre-deux, c’ est la condition humaine primitive, celle d’ un enfant-chasseur confronté chaque jour à l’ étranger, la mort, l’ insécurité qui est illustrée, offrant un cadre à ce « moi » profondément indéfini dans la chanson; en effet l’ auteur perd ses repères, l’ emploi du passé dans  » a play i used to know by heart » souligne le fait qu’ il s’ efface devant la pluie, symbôle de la peine, des pleurs, et du nettoyage, de la dilution, comme acteur de sa propre pièce. Seule sa peine, sa douleur, sa solitude constituent de réels repères, contrastant avec les chansons chantées par sa soeur, et donnant une profondeur plus tangible, une définition, un sens au « almost », presque, heureux. Jamais vraiment en sécurité, car il s’ agit de la vie et de son tournoiement d’ émotions qui est apprivoisé et calmé un temps par le couple, la famille, la sécurité d’ un âge « adulte » juste post-adolescent et assumant comme il s’ offre les accablements et échecs suivant cette fougueuse époque de conquêtes. On pourrait enfin être tenté d’ y lire un sens plus oedipien, Antigonien plus précisément, pour voir entre les lignes du groupe. Cette chanson illustre un contraste, mais aussi une forme de désaccord en développement personnel, les routes changeant, entre une vie sous l’ image de la paix intérieure malgré ses concessions pour Sarah, et un fond plus torturé et probablement plus attaché à un raisonnement intérieur pour Gert. En effet, Almost Happy sera le dernier album solo avant Echo mountain, en 2010, soit 10 ans de carrière solo pour chacun, 8 si l’ on compte les tournées jusqu’ en 2002. Mais c’ est déjà une suppostion à dépassant l’ analyse littéraire qui ne peut se discuter qu’ en prolongation de l’ écoute des albums et d’ une meilleure connaissance des membres du groupe.

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