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The Wall

 

 

Tout d’ abord, avant la conclusion qui est le véritable message, ajoutée 2 ans après les 2 paragraphes qui suivent, je me présente. Je suis un point de vue, des sens. Une oreille, reliée à un système nerveux et cérébral. De ce fait, je suis une identité, une individualité. Et de ce fait, je me rattache par mimétisme à des courants, des inspirations qui touchent à des expériences parallèles, comparables, similaires, ou des fantasmes construits selon des systèmes familiers. Je me dois donc en tant que tel de proposer certains des plans qui ont servi à mon élaboration. Sociale comme artistique, éthique ou déontologique. The Wall. Le Mur, avec une majuscule, car il s’ agit bien de ça. Le mur. Le mur que l’ on rencontre tous dès lors que la construction – innée, instinctive, survivale même dirais-je puisqu’ il s’ agit d’ une condition à l’ existence sociale, autonome- cherche ses fonctions, ses applications futures, et diversifiées, car comme dans la musique, une sensation sonore prendra place pour exister dans une improvisation, trouvera sa fonction, puis parfois, en tant qu’ enfant qui fait sa route dans le monde, dans une composition, une production. The Wall comme la plupart des enfants des années 80 (il a été vendu au monde en 79), plus particulièrement ceux qui ont baigné dans le sang du rock et de l’ anglophonie, est une construction innée, « survivale » et une inspiration indicible. Derrière sa surface de narration chansonnière, musicale sur le modèle opéra, et picturale, cinématographique piochant dans une inspiration librement délurée et graphique, bien avant l’ ère de l’ applanissement stylistique du numérique, The Wall est aussi la bible d’ une génération hyper médiatisée (la suivante le sera plus, on acceptera le qualificatif ultra médiatisée ;) histoire de dépasser le discours Debordien qui nous condamne d’ office) post punk, post hippie, post heavy metal, post new age, tout à la fois réaliste, romantique et surréaliste, soit trois des courants artistiques les plus imposants et importants de la culture artistique européenne moderne. L’ inspiration musicale ne souffrait d’ aucun préjugé spécifique, malgré son orientation stylistique affirmée, piochant autant dans la chanson, le rock, le funk, le folk, les nappes synthétiques mères de l’ ambient et de ses dérivés électroniques savants, notamment la drone music, et enfin ce pavé de culture encore inexploré malgré ses nombreuses formes considérées comme dépassées, le blues.
Parler de la narration de The Wall est presque inutile car il ne s’ agit que d’ une des formes de son propos, anecdotique dans son ensemble-le nombre majoritaire de fans de certains des titres n’ ayant jamais vu ni connu le film en témoignent-mais essentielle dans un article critique qui ne l’ est pas… il s’ agit globalement de la vie d’ un enfant surcouvé par sa mère, grandi dans l’ image d’ un père photogénique et mort pour sa patrie, qui par goût de la vie, de l’ amour, de la drogue bien sûr car les deux premiers en sont les formes ultimes-originelles et inavouées pour cause de fossés générationnels (grande époque de la surmédiatisation, initiation à la technologie, à l’ image et l’ information brute, développement personnel sur-nourri de variété et de cloisonnements, valorisation en négatif de tout outil de fuite… surtout encore sensible, biologique, chimique, conscience d’ être à un corps devenant moins tangible… )-devient rock star. La forme ultime encore je précise, à cette époque, pour les 80’tistes anglophones amateurs ou natifs, du poète romantique, de l’ explorateur de l’ âme, du doctorant passionné ès-décadence, de l’ homme aventurier social, de prophète enfin, même si Hugo ou Vigny avaient déjà établi cette relation. Cet enfant de par chaque échec, chaque traumatisme, construit un mur. Un mur de repères, de souffrances oubliées ou sublimées,( le signifiant, en psychanalyse), d’ affiliations esthétiques, langagières, éducatives, picturales, émotionnelles etc… Ce mur étouffe sa liberté et le jour de la moisson arrive, pétage de câble, modifications corporelles et discours fascistes, ou haineux, enfin, on ne sait trop quoi, mais basculement vers un rétablir la vapeur et cicatriser le réel autant qu’ il nous a déchirés. L’ horreur dépassée par la monstruosité. Présage de l’ arrivée des vers. Appel métaphysique des vers en fait, car si l’ individu émotionnel originel, l’ enfant, s’ effondre dans le quotidien, le mur, lui, reste intact et, sémantiquement disons par sa définition « en négatif », appelle le choc. Le confrontement enfin à l’ humanité que l’ on a perdue. A travers un « autre » dans une profondeur qui dépasse les cicatrices. Au delà de toute limite. Au delà du réel, du corps, de l’ identité. Les vers sont vécus comme des juges purgatoires, réminiscences cauchemardesques des autorités, des expériences structurantes, fussent-elles une fille sautée au détour d’ une soirée de défonce. Et qui ont tué l’ enfant. Créé le monstre. Ils ordonneront la destruction du mur. Et de l’ identité. Des briques laissées comme autant de jouets pour les enfants de la nouvelle génération. Et il n’ y a pas d’ autre survie suggérée. Juste un modèle de construction paradoxalement dictée par la destruction d’ un intime sensible, qui perdure, réitérée de génération en génération, jusqu’ au jugement de l’ individu incarcéré dans une identité sociale. Et son effondrement devenu nécessaire. La morbidité de l’ ordre est ici dénoncée, non parcequ’ elle protège de la sauvagerie ou du chaos, mais parcequ’ à travers l’ ordre, le chaos devient la fuite ultime de l ‘homme dépossédé de lui-même par les censures laissées à elles-même, froides, dénuées d’ humanité. Structurer le chaos oui, possible, sûrement. Vivre en paix, oui, possible, sûrement. Mais pas encore fait, pas reconnu. Le chaos est parceque le brimer est détruire l’ enfant, la richesse de son sensible. Et au delà du chaos, il y a la réelle filiation, celle de la vie, qui n’ a jamais été reconnue. L’ échec initial, la confrontation à l’ autre vie nécessaire qui aurait du être vécu comme lien mais qui a été censure et séparation, c’ est être jugé comme vie. Juste cette chose fragile dont la force pourtant dépasse nos cultures. La simple perception. Qui construit.
Outre le fait de laisser un plan de la forme moderne de l’ exploitation de l’ homme et ses impasses, ses échos avec les martyrs de nos professeurs et modèles médiatiques (un des plus célèbres est Kurt Cobain, j’ en entends dans les cimetières qui s’ agitent… mais la liste est infinie, aujourd’ hui presqu’ artificialisée depuis que le marché a compris que le consommateur achetait plus les artistes martyrs et décédés…), The Wall est une porte de sortie du monde vers un planage absolu, il est des nappes de rêve sur vinyle, support numérique, magnétique ou gravage laser. The Wall pourrait-on dire avec jeu de mot ingénu est la vie. En négatif. Il montre ce que n’ est plus dans nos cultures et vies sociales la vie. En tout cas il en est une des représentations modernes de la culture strictement rock/pop(années 80 et ses enfants) les plus travaillées et abouties, qui s’ offrait tout ce que l’ inspiration de l’ artiste avait comme mediums à cette époque. Utilisant aussi la forme en adéquation avec le fond, à écouter les nombreux genres musicaux empruntés, les changements de timbre selon l’ état psychologique du personnage-narration, Mr Floyd. Comme le bon vieux paradoxe Wildien le posait – La Nature influence-t’elle l’ Art, ou l’ Art influence-t’il la Nature?
The Wall fait partie des oeuvres qui ont structuré ma pensée, la filiation culturelle permettant en la confrontant à ses – aujourd’ hui on a cette chance extraordinaire – plurielles facettes, de dépasser le mur de la langue normative. Soit pour certains le renforcer, le film parle d’ eux, soit pour apprendre à essayer de le déconstruire, brique par brique, association par association, compensation par compensation, affiliation à « ce qui ne peut se dire » au delà de « ce que l’ on nous a appris qu’ il fallait dire », le film parle de nous. Le concept de worms dans le film, les vers, asticots, s’ est accouplé à mon français vers, verses en anglais. Un temps, cherchant surement affiliation à une non-affiliation, dans un réel partagé avec un seul ami, j’ ai adopté ce film et sa bande sonore comme concept de verset. Grâce à eux je ne suis plus dans le versus. J’ ai fait venir les vers, ils se sont reproduits, et j’ en répands autour de moi. Mon mur s’ effrite, et je n’ ai pas été jugé. En tout cas… pas en mode versus. J’ ai versé dans le vers, on va dire, pour mes dernières briques… Et je les en remercie. The Wall, ceux qui y ont participé, Pink Floyd, chacun des membres même ceux qui en ce temps n’ étaient plus ou seraient, et toutes les constructions en briques diverses, abstraites et concrètes, qui les ont amené au besoin de voir s’ écrouler leur mur, leur univers. Nu comme un vers. Parfois dyonisiaquement verbeux. Postcheminementnocturne appolloniairement des nues. (Appolinairement si besoin, pour ceux qui entendent les voyelles bouger, comme moi, derrière le mur, en avant-poste). Dénué. Sans jus je-mens, à moi, devant le vert. Et c’ est merci.

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